9-15 France 5

Les Autochromes, et la couleur fut

Histoire d’une invention éblouissante due au génie des frères Lumière

Peu résistent aujourd'hui à la fascination de la photo numérique et à l'évolution foudroyante de ses prouesses technologiques. Elle fait pourtant bien pâle figure au regard de ce que l'on découvre dans ce somptueux documentaire réalisé par Patrick Naslés en 20104 (Mécanos Productions), qui saluait cette année-là le centenaire d'une invention aussi éblouissante que révolutionnaire, fruit du génie des frères Lumière, l'autochrome.

Fabuleuse découverte dans laquelle la science - comme pour le cinématographe -, outil de révélation des richesses et diversités du réel, convoque simultanément l'inouï de ses dimensions poétiques.

Dans cette passionnante aventure qui restitue le monde dans toutes les gammes de sa palette colorée, et ainsi qu'il en fut toujours chez ces chercheurs d'exception, des trésors d'acharnement et de patience ont été déployés au service d'une perspective industrielle et commerciale d'envergure. Déposé en décembre 1903 et présenté à l'Académie des sciences en mai de l'année suivante, le procédé de leur invention sera très vite exporté outre-Atlantique et sillonnera le monde entier pendant près de quarante ans, avant de tomber dans l'oubli.

Quinze ansées de tentatives infructueuses ont préludé à l'avènement des plaques couleur ; entreprise que Louis et Auguste initient sur les visées prophétiques de leur père, Antoine, à par-tir du procédé de la trichromie (trois négatifs superposés, enduits des couleurs primaires) mis au point par Ducos du Hau-ron. Il y aura beaucoup de rieurs - parmi lesquels nombre d'artistes, dépités par la rapidité d'exécution de cette « peinture à la machine » - pour ironiser sur l'ingrédient de base de cette prodigieuse invention, la fécule de pomme de terre.

Une dizaine d'intervenants, parmi lesquels Fabrice Calzet-toni, directeur du Muse Lumière de Lyon, et Gilles Trarieux- Lumière, arrière-petit-fils de Louis, retracent avec enthou-siasme les développements de cette épopée magnifique, L'histoire est passionnante, mais c'est surtout l'émerveillement que le documentaire de Patrick Naslés suscite, avec la présentation de tableaux d'une indicible beauté - on contemple véritable-ment ces plaques surgies du passé plus qu'on ne les consulte -, comme ceux saisis à travers le monde entier par les opérateurs d'Albert Kahn. Et l'émotion est à son comble devant les scènes ravagées ou désolées de la guerre de 1914-1918.

Valérie Cadet

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